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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 16:20

ou

Une heure de ma vie chez les snobs

 

 

Moi, c’est définitif,
aux coquetelles Rive gauche
je préfère un brave apéro entre copains !

Le pastaga-cacahouètes
a des vertus conviviales irremplaçables !

Et si nécessité doit vous faire fréquenter
ces lieux emplis de snobs,
vous ne pouvez vous empêcher de penser
que c’est vous qui êtes normal
en fréquentant des gens normaux !

 

 

Il m’est arrivé de me faufiler dans une présentation de livre, histoire de profiter de connaissances de ma famille, histoire de placer mon C.V. de journaleuse certes, mais je peux aussi travailler chez un éditeur !

L’observation de cette faune, je ne puis m’empêcher de vous la narrer ici.

 

 

C’est mon papa qui m’a demandé de le remplacer à la présentation d’un superbe livre à laquelle il était invité. L’éditeur, qu’il connaissait, coauteur de plus de ce livre, pourrait peut-être m’être de quelque utilité.

Donc je prends ma voiture, pas le train, l’invitation au cocktail est de 18 à 21 heures, pas envie de revenir trop tard par le train, pour parcourir les quatre-vingt-dix kilomètres me séparant de la capitale.

 

Mon repérage est fait, facile, les quais, le Pont-Neuf, la rue donne presque en face, sur la Seine. Ce vieux Paris de la rive gauche, ces ruelles qu’Haussmann a négligées à la faveur du percement du boulevard Saint-Germain...

Oui j’aime ce vieux Paris et y vaquer avec en tête quelques souvenirs, quelques récits d’un autre temps, frustre il est vrai, mais certainement plus authentique qu’aujourd’hui...

Mais que vois-je en longeant cette petite rue ?

Des galeries de peinture, alternant avec des marchants d’objets d’art, que reste-t-il des librairies qui... disparues ! Des « boutiques », espèces de salons tout de blanc plâtrés, aux éclairages halogènes agressifs, avec un bellâtre au mitan de quatre machins tarabiscotés aux étiquettes faramineuses, prenant des mines en discourant sur son portable. Quand ce sont des femmes, on est carrément en droit de se demander ce qu’elles vendent exactement.

 

Et je tombe en arrêt.

Là, sur le trottoir en face.

Une galerie d’art, certes, mais qui a mis à jour les poutres et solives séculaires. Enfin un lieu qui ressemble à quelque chose, quelque chose comme de la fidélité.

Mon cœur bat.

J’en prends plein les yeux.

Si j’avais le temps j’entrerais dans ce refuge.

 

 

Mais bon c’est écrit dix-huit heures.

Je ne sais pas comment je vais reconnaître M. de B. et sa fille C., pourtant décrits par mon père.

 

Je passe sous un porche pavé, que ces pavés sont doux à mes hauts talons, et j’entre, suivie de près par un vieux monsieur.

Une demi-douzaine de personnes parlent là.

 

Tac ! Un flash dans la figure ! Un confrère mitraille ! Je ne sais pas de quel canard il est, mais ils doivent les sélectionner pour qu’ils se confondent avec l’objet de leurs reportages. Tronche de premier de la classe, une musaraigne en costard. Lui dirai pas que je suis journaliste moi aussi oh non.

 

Le voilà qui s’enquiert : « Vous êtes ensemble ? » auprès du vieux monsieur et moi-même. Ah mais non ! Tant pis, il nous prend en photo ensemble, souriez s’il vous plaît, chuis un peu gênée moi. Je dis au vieux monsieur : « Voyez-vous, nous devons avoir des faciès intéressants ! » ce qui le fait sourire. C’est vrai qu’il a une bonne tête mais ensuite je le perdrai de vue.

 

Personne, évidemment, ne fait attention à moi !

Je monte à l’étage, histoire de repérer les vécés, en profite pour regarder une partie de l’exposition de gravures anciennes dont la reproduction fait l’objet dudit livre.

On me propose une coupe, à laquelle je préfère un verre de jus de fruit, j’ai à rouler ensuite moi.

 

En descendant, je constate que l’endroit s’est empli.

Vu de haut, cela frôle le club du troisième âge, les rares quinquas au milieu passent pour de jeunes filles.

Cette femme que j’ai repérée doit être Mlle C. de B.

Je me présente.

Ça doit être ça.

Aucune confirmation d’ailleurs.

Trois mots de conversation et une autre invitée s’enquiert, auprès de mon interlocutrice, de la présence ou non d’un vestiaire.

Moi, tout sourire : « Ah oui, un vestiaire serait une bonne idée, il fait très chaud !

– Oui mais, me répond-elle, c’est réservé aux gens qui restent jusqu’à 21 heures. »

Ça c’est de la claque !

Vlan en pleine poire !

Je dérange ? Déjà ?

 

 

Y a-t-il des humains dans la salle ?

 

 

Heureusement que j’ai toujours mon manteau sur moi.

Mes mains dans les poches se crispent. Envie de pousser une gueulante, de fuir, de, de...

 

Bon moi je veux surtout causer au papa.

Mais il est débordé.

Tout le monde le sollicite.

Le confrère musaraigne mitraille tous ceux qui lui parlent, et ça s’embrasse, et ça se congratule, y en a qui se connaissent ici.

 

Bon allons voir les gravures à l’étage inférieur.

Je me mets en remorque, l’air de rien, de la visite guidée faite par un monsieur que je subodore fortement être le coauteur, déduction personnelle non exemptée d’erreur.

 

Des cartes anciennes de l’Europe, originaux datant des XV et XVIe siècles, m’accrochent la rétine. Je me régale en cherchant à reconnaître frontières et États, en compagnie d’une dame très XVIe, mais arrondissement, néanmoins sympathique.

Premier contact humain positif.

 

Mon verre de jus de fruit dans un estomac vide commence à en agresser les parois. Un en-cas solide serait le bienvenu. Il y a bien, de-ci de-là, dans de grandes coupelles mâtinées cache-pot, des petits objets aux bords arrondis, ronds carrés ou oblongs, rouges et ocre, vernissés... J’ai pas trop envie de bouffer de la pâte à sel moi...

Ce n’est pas l’endroit où on puisse trouver la cacahouète des familles ! Trop vulgaire ça...

J’en croque tout de même deux ou trois. Mangeable...

 

Je remonte au rez-de-chaussée. Ah ! La foule des grands jours ! C’est vrai, quand on lit « de dix-huit à vingt-et-une heures », arriver à dix-huit heures pétantes est d’un désuet, très chèèèèèère !

Faut jouer des coudes, se faufiler entre les mémés aux cheveux bleus. M. de B. est toujours sollicité et je voudrais bien le saluer de la part de mon père.

 

Cela fait déjà un quart d’heure qu’une envie irrésistible de fuir cet endroit m’étreint...

Alors j’observe cette faune.

Assez hallucinant. À voir et à entendre.

Cette dame, avec son manteau de renard argenté, je ne vous dis pas les millions qu’elle a sur le dos, dont le haut col relevé est resserré par un cache-nez de grosse laine rouge ! Surprenant. Elle se retourne : un bonnet de laine bleu marine jusqu’aux sourcils !

Heureusement que j’ai toujours mon manteau sur moi. Je le resserre, mon chemisier de soie gris perle ouvert sur un bustier de dentelle noire semble faire tache d’un seul coup...

Quart de tour gauche : ça doit être la mode, voilà un cache-nez bleu sur un col de manteau de vison cette fois...

 

Des dames, au milieu de la foule, papotent leur verre à la main. Tendons l’oreille pour avoir leur opinion sur l’exposition et le livre. Raté, elles parlent de leurs ennuis matrimoniaux.

D’autres en discourent, mais je dois être complètement demeurée, ou alors c’est une autre langue, je comprends rien... Personnellement j’appelle ça de la branlette intellectuelle, snob de surcroît...

 

Je retourne observer d’autres cartes anciennes, vraiment hallucinantes, j’avais jamais vu l’Europe le Nord en bas !

J’engage la conversation avec un monsieur d’une soixantaine d’années, propre sur lui, pas de cache-nez incongru, la conversation est aimable autour de cette carte.

Deuxième contact humain positif.

L’ennui, tout de même, est que ce monsieur propage une haleine à détruire un essaim de frelons...

 

Tous ces gens pomponnés, aux allures hautaines, dont la conversation de snob artistique et intellectuel m’ennuie profondément, il y en a certains, faut pas approcher trop près, l’odeur sui generis est vraiment trop agressive. Pourtant il m’avait semblé comprendre qu’il existait des déodorants de poche... D’haleine aussi d’ailleurs...

 

Ah ! L’hôte semble être libéré !

Je m’avance, il me serre la main tout sourires, avant même que je me présente, un bon point pour lui.

Ah, votre père n’est pas venu, eh non vous savez, mais...

Et je lui parle de mon père, de ce manuscrit de lui que je travaille en ce moment, le monsieur est toute ouïe, enfin un être humain... quand il voit entrer une connaissance à lui !

 

Et il me plante là, sans même une excuse ou un au-revoir...

 

Ça s’appelle prendre un vent ça...

Et moi qui avais gentiment préparé et mis en page pour mon papa un petit topo sur son prochain bouquin, histoire de distribuer...

Ne parlons pas de mon C.V., la dizaine d’exemplaires dont je me suis munie restera aussi au fond de mon sac...

Je file aux toilettes, moins pour le petit besoin que pour regarder discrètement ma montre : dix-neuf heures. Elle avait raison la petite dame, je ne tiendrai pas deux heures de plus.

Même pas deux minutes.

 

Je me casse je me tire je me barre.

Personne ne me dira bye bye.

Je ne manquerai à personne.

 

Mon arrivée dans la rue est saluée par un concert de klaxons.

J’ai vraiment hâte de retrouver mon petit village...

 

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Published by Catherine ROUSSEAU - dans Que du vécu!
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commentaires

Nadja 18/01/2010 01:43


Ceci dit, les vernissages sont l'endroit idéal pour prendre un verre et manger gratuitement te diront certains parasites que l'on retrouve partout. Il ne faut pas oublier de flatter l'artiste, même
si on reste convaincu que c'est hideusement laid. En plus il vaut mieux s'habiller un peu bien, sinon les dadames chics qui se découvrent une passion soudaine pour l'art (Gucci et Prada de rigueur
hein) te regardent d'un air bizarre pour ne pas dire méprisant... C'est dur la vie.


CR 18/01/2010 13:06


Pour ce qui est de manger gratos, franchement c'était dégueu!
Gucci ou Prada, franchement je m'en balance, mais les mémés aevc leur cache-col en grosse laine sur le vison, beuh! en plus, elles puaient!


Nadja 18/01/2010 01:38


Vu de mes yeux vu.
Imagine une grande galerie dans une petite ville de province. Un bel espace.
Et tout le gratin de la ville sur son 31.
Oui mais.
L'exposition est concentrée dans une vitrine = il s'agit d'une caisse en bois dans laquelle une poignée de souris grignotent des petits-beurres (surement le sponsor de l'artiste).
Y manquait le chat.
C'est tout ?
Oui.
A si le buffet sympa proposait entre jus de fruits et kir maison... des petits beurres.


CR 18/01/2010 13:08


Ha ben si j'avais su, j'aurais emmené le chat!
Bon ok on va en organiser des comme ça (ma fille a 2 rates, on peut faire quelque chose avec!) et se faire des genoux en or!
Désolée pour hier soir, mon ordi a planté.
Du coup je n'ai pas pu aller te voir sur FB: tu peux me redonner ton nom dur FB?
Merci!


mlle B. 04/01/2009 04:07

On s'y croirait... malheureusement... ^^

Catherine ROUSSEAU 04/01/2009 15:26


Que du véridique!